« INGLORIOUS BASTERDS », une exceptionnelle profession de foi !


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Le cinéma et l’Histoire, comme la littérature et l’Histoire, n’ont pas toujours fait bon ménage. Toutefois ne disait on pas d’Alexandre Dumas qu’il avait maintes fois violé l’Histoire dans ses romans mais en lui faisant un enfant ! C’est-à-dire que les développements imaginés par Dumas amenaient un plus qui permettaient aussi de comprendre une époque, de se la représenter et d’en garder les événements marquants.

Les grands films de guerre ont également permis, notamment aux USA, a des grands réalisateurs de faire prendre conscience de la folie et de l’impasse de telle ou telle situation, je pense notamment à ce qui a pu être réalisé sur le Vietnam avec par exemple les mémorables « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola et « Platoon » d’Oliver Stone ou sur la première guerre mondiale avec le film exceptionnel « Les sentiers de la Gloire » de Stanley Kubrick, pour ne citer que ceux-là.

Avec « Inglorious Basterds », Quentin Tarantino, inaugure un genre nouveau et assez déroutant : l’Histoire comme elle aurait pu se dérouler ! Si on accepte ce principe, le film qui prend vie devant nous est un petit chef d’oeuvre qui mêle 3 fils d’Ariane dans sa trame : à la fois drame de l’occupation et dénonciation de la folie nazie, jeu de cinéma tel qu’il s’est codifié à travers les décennies et rêve éveillé autour du pouvoir du cinéma lui-même capable de renverser le mal.

C’est une profession de foi auquel nous invite Tarantino, à travers un film qui manie ironie, caricature et personnages de BD classiques, car nous allons vers une conclusion allégorique : le cinéma tue le III° Reich ! Et quelque part, les multiples films sur la guerre, le sort des juifs et de tous les autres persécutés, n’ont pas cessé de briser l’image de l’horreur nazie et de rappeler vers quel gouffre le monde s’est aventuré !

Comme il y a le bon et le mauvais larron, on trouve le bon et le mauvais cinéma ! Le mauvais c’est le film affligeant concocté par les nazis pour promouvoir Fredrick ZOLLER, héros glacial conçu comme la quintessence de la Wehmacht qui a tué 300 soldats « ennemis » seul dans sa tour d’Italie ! Et le film dans le film montre ce jeu de massacre minable qui fait délirer la foule des spectateurs à la croix gammée autour de ce personnage qui dégomme à tour de bras... Cela nous rappelle certains films de l’industrie cinématographiques, malheureusement conçus à l’identique, et qui connaissent toujours du succès...

Et puis il y a le cinéma en tant que structure physique, représenté presque comme un temple et qui va se refermer sur les monstres nazis pour les détruire ! La figure de Shosanna, jeune juive ayant réchappé au massacre de sa famille, prend ici toute son importance, c’est elle qui permet l’élimination des nazis ! Son visage filmé s’est substitué au film de propagande, elle devient une prêtresse ou une nouvelle Jeanne d’Arc qui annonce la fin du règne de la Bête et son visage se détache des flammes purificatrices !

Le cinéma devient un crématoire à nazis et Tarantino en rajoute encore dans le défoulement en postant deux « basterds » dans la loge d’Hitler (à qui on explose la tête) et qui arrose à la mitraillette la foule prise de panique ! Superbe scène d’anthologie qui nous « libère » si l’on peut dire de cette tension et haine accumulées depuis la première et terrible scène du film.

Cependant à ce jeu violent la plupart y laisse leur peau : la belle Shosanna, comme certains Basterds, comme tant de milliers d’autres ! Mais, ironie mordante, les deux plus « mauvais » éléments, d’un côté comme de l’autre de la barrière, restent en vie : « Aldo l’apache » chef des Basterds et « le chasseur de juifs »... certes marqué à vie...

Oui le cinéma peut nous aider à faire revivre des hommes exceptionnels, comme dans « Les insurgés » de Gabriele Muccino, ou à parler d’un homme prisonnier d’un destin terrible parce qu’il est simplement lui-même c’est à dire par exemple un homme préférant les hommes, comme dans le film « Bent » de Sean Matthias d’après la pièce de Martin Sherman, et à révélé ce que la folie peut produire chez certains monstres humains.

C’est un travail sans relâche que de dénoncer l’ignoble et les mille impasses de nos sociétés ! L’évocation de ces moments les plus dramatiques, comme depuis la nuit des temps la poésie et le théâtre ont pu le faire, amène prise de conscience, enseignement, identification avec les héros et, souhaitons-le pour la majorité d’entre nous, une adhésion aux valeurs humaines les plus martyrisées à travers l’Histoire.

Les acteurs de ce films sont exceptionnels, mention spéciale à Mélanie Laurent, Christoph Waltz et Diane Krugger. A voir absolument !

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