De Bosch à Murakami, et si Versailles était nippon….


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Murakami à versailles
 Les petits « stress » culturels ne sont pas si ridicules que cela, ils peuvent nous secouer un peu et nous enlever d’un quotidien fort morose fait de grands pans gris et noirs ou de brouillards sans fin. Ils nous donnent l’occasion de réfléchir sur l’art, sur nous-mêmes et sur la place que tous ces objets d’art, de design, et de tous les jours, dans un grand maelstrom englobant le passé et les dernières innovations des créateurs du monde entier, occupent dans nos cœurs et nos rêves.


meuble style Empire

Le mélange a toujours existé dans l’art, l’ameublement, la décoration et la mode, du moins depuis l’époque où l’art a été considéré comme tel ! Ce furent des romains épris de sculptures grecques, des cardinaux amoureux de la Rome et de la Grèce antique qui firent de leurs palais les premiers « musées » privés, des aristocrates et des découvreurs qui donnèrent le goût des antiquités tels Belzoni ou Schliemann, et aussi des styles inspirés de lointaines civilisations comme le « style Empire » notamment qui rayonna après les campagnes de Bonaparte en Egypte et l’art déco qui s’inspira également de l’art égyptien.

bijoux art déco

Faut-il aussi rajouter le goût et l’engouement des porcelaines chinoises et japonaises en Europe depuis le XV°s. et le poids par la suite de la compagnie des Indes orientales dans l'importation des porcelaines tant convoitées (la recherche de kaolin et sa découverte en France dans la seconde moitié du XVIII°s près de Limoges servira à la fabrication de porcelaines dures, suite à cette passion), l’influence des estampes japonaises sur la peinture impressionniste, l’émergence de l’art africain en occident via des artistes comme Braque et Picasso qui vont bouleverser l’art du XX°s. et j’en oublie certainement.

C’est donc un melting-pot constant qui a fait se concentrer, se rencontrer et s’enrichir des œuvres, des savoir-faire et des créateurs venus d’horizons différents depuis maintenant des siècles.

porcelaine japonaise
Ce bouillonnement a permis un tissage et sans doute aussi pourrait-on parler de « métissage » dans l’art tel qu’il peut s’exprimer depuis que l’homme voyage et ramène des concepts, des couleurs, des formes et des idées d’ailleurs.

Par exemple, la récente rétrospective de l'oeuvre d'Yves Saint Laurent au Petit Palais à Paris a montré l'extraordinaire richesse de l'imagination de ce grand couturier qui a recherché toute sa vie des formes et des matières nouvelles; sa femme africaine et tant d'autres créations rendent à travers le prisme des références un bel hommage à la féminité.

création d'YSL
Les goûts ne coexistent pas seulement dans l’espace entre une tradition locale ou nationale et des éléments extérieurs en provenance de l’Orient ou d’autres continents fascinants, les mariages peuvent se faire aussi entre des concepts différents issus d’une même société en mélangeant l’ancien et le moderne. Le musée Beaubourg en a été un des premiers et illustre exemple qui s’est implanté au cœur d’un quartier de Paris qui prenait ses racines entre le XVII°s et le XIX°s, idem pour la pyramide de Pei.

oeuvre de Murakami

La polémique qui court aujourd’hui autour du musée de Versailles et des œuvres de Takashi Murakami, comme hier pour Jeff Koons, me paraît donc relever plutôt d’un rapport très particulier que l’opinion publique associe à Versailles et au Roi Soleil plutôt qu’à un soit disant parti pris pour des formes d’art.

Derrière le « ne touchez pas à Versailles » à son style et à son époque, c’est surtout un « ne brouillez pas l’image mythique que j’entretiens avec le château de Versailles » qu’il faut retenir, car Versailles pour chaque français semble être devenu l’image refuge et sacrée d’une France intemporelle à l’apogée de sa grandeur, reconnue et admirée par tous ! Voilà à mon sens ce qui est en jeu ou en « je » (pour faire un jeu de mots à la Lacan) avec l’affaire des artistes modernes exposés depuis quelques temps à Versailles.

Niki de Saint Phalle
Mais pour que ce « sacré » intransigeant laisse tranquillement la place à l’art, à la recherche, au questionnement, au rêve il faudrait accepter l’idée qu’il n’y a pas d’espace sacré sur lequel le temps ne puisse agir et que tout dans le domaine de la création se tient et reste intrinsèquement lié des grottes de Lascaux jusqu’à l’anti-art, de l’homme cultivé jusqu’à la faune des abysses !

Le mélange des formes et des styles existe depuis toujours, me semble-t-il, depuis que l’homme convoite les biens d’autres nations et qu’il en ramène le butin chez lui.

De nos jours, hors la polémique sans grand intérêt sur l’installation ou non d’œuvres modernes au cœur d’un château grand siècle, on constate que nos intérieurs sont devenus des carrefours mondiaux de styles, de tendances et d’inspirations très disparates : le meuble du Tibet côtoie le meuble suédois, le design italien pose à côté de poteries chinoises, le tout sur un tapis du Moyen-Orient ou d’Amérique du Sud… Sur nos étagères des romanciers grecs, chinois, mexicains cohabitent et des cd coexistent entre musique des Andes, pièces religieuses médiévales et autres univers des îles…


oeuvre de Murakami

Âgé de 48 ans, le japonais Takashi Murakami, explore un art qui sans doute nous étonne car il s’enracine dans l’art des mangas, c'est-à-dire des bandes dessinées nippones et des dessins animés qui depuis des décennies ont progressivement inondé le monde. S’inspirant du passé tout en le dépassant ces « dessins grotesques » (nom donné au départ par Hokusai à une série de dessins publiés au début XIX°s.) sont devenus des dessins familiers pour des millions de jeunes qui s’identifient aux « héros » en adoptant coiffure, vêtements et gadgets en tout genre.

millefiori de Murano

Mais cet univers est-il si déroutant pour nous ? Les « fleurs de Murakami ne rappellent-elles pas les millefiori de Murano dans leur jaillissement, la perfection géométrique de leurs contours et l’éclat de leurs couleurs ? Les personnages ne sont-ils pas des parents proches de ceux inventés par le pop’art, notamment Keith Harring ? Niki de Saint Phalle n’a-t-elle pas déjà conçu des êtres dignes de la « Guerre des étoiles » ?

Moya
Moya à Nice ne crée-t-il pas également un univers onirique inspiré par lui-même et croqué comme un personnage de BD ? Et pour remonter plus loin, Jérôme Bosch, très en avance sur son temps, n’a-t-il pas ouvert les portes d’un bestiaire mi-homme-mi-animal aussi hallucinant que surréaliste ?


Le très coloré, très décalé, très délirant s’exprime déjà depuis fort longtemps sur les toiles ou les sculptures !

Tout compte fait rien n’est si nouveau que ça, tout se transforme et tout aujourd’hui va très vite, puisque tout est accessible, assimilé et réinventé via les autoroutes du Net dans cette étrange nébuleuse de culture mondiale où nous évoluons.


Détail d'un tableau de Jérôme Bosch


3 commentaires:

  1. Bonjour,

    Je suis enseignante en école élémentaire et je voudrais vous demander l'autorisation d'utiliser les photographies de votre blog.

    Cordialement,

    Mélodie BERTHAULT

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  2. Bonjour,

    Je suis enseignante en école élémentaire et je voudrais vous demander l'autorisation d'utiliser les photographies de votre blog.

    Cordialement,

    Mélodie BERTHAULT
    (SUPERMEL37@hotmail.com)

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  3. bonjour Jean louis
    Je suis agrégée d' arts plastiques (hélas depuis longtemps en collège !)et je donnerais bien votre blog en référence à mes élèves de 3eme pour l' épreuve d' histoire de l' art du brevet. En effet, l' une des thématiques donnée est " arts , ruptures et continuité " et j' ai opté pour la présentation des expo. d'art contemporain que Versailles a mis en place dans ses sacro sainte entrailles...
    Vous expliquez fort bien ce dont il retourne au niveau du patrimoine et des apports de toutes époques et cultures à l' art.
    Votre blog est super bien roulé!
    vivent l' art et la culture!
    A bientôt peut être
    Clotilde

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