Hugo Laruelle, un peintre de l’âme


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Tableau d'Hugo Laruelle
"Si vous aviez les mots pour le dire, vous n'auriez pas besoin de peindre." Hedward Hopper cité par Hugo Laruelle


Dans le domaine de la culture, une des qualités du Web est de nous permettre d’admirer depuis son écran, n’importe où dans le monde, des œuvres d’art en provenance de tous les pays ! Sur le Web point de riches détenteurs d’œuvres d’art ou de jet set habituée aux cocktails des galiéristes, une égalité d’approche sans faille pour tous !


Certes, rien n’égale une exposition où le public se retrouve face à des toiles qui ne cachent rien de leur surface et de leur texture sous n’importe quel angle de vision, mais quel progrès fabuleux de voir ces œuvres à la demande et d’en jouir calmement. Je dirai même plus, le Web, comme un livre d’art, nous permet de nous isoler totalement, ce qui est bien difficile à réaliser à l’intérieur d’une galerie d’art ou d’un musée où le public est souvent trop nombreux…C’est donc par ce biais que j’ai découvert sur son site les peintures d’Hugo Laruelle, (cf article de Têtu en ligne : lire l'article).

Tableau d'Hugo Laruelle

Hugo Laruelle…Déjà le nom séduit : mélange de voyelles sérieuses et sombres et légèreté phonétique de consonnes en « L ». Mais une belle signature ne serait pas suffisante si l’attraction, l’émotion, l’attachement aux formes, aux couleurs, aux thèmes, à la mise en scène, qui sont développés dans ses tableaux, n’emportaient pas une totale adhésion dans nos cœurs et quelque part un plaisir de papillon devant une nouvelle source lumineuse. Il est vrai qu’il est difficile de se détacher de l’univers de ce peintre. Univers qui porte en lui de profondes réminiscences, mais dans un jeu riche et complexe où le connu, ou ce qui semble connu, laisse la place au mystère propre de son créateur et de ses créations.


Tout ce que je sais d’Hugo Laruelle se résume aux quelques annotations trouvées sur son site. Enseignant de profession, la peinture s’est imposée à lui progressivement ; sans doute passe temps initial, elle est ainsi devenue sa façon principale de s’exprimer et de se réaliser, un besoin impérieux de créer et d’arrêter dans les formes et les couleurs sa vision du monde.


Tableau d'Hedward Hopper
La peinture est aussi un murmure du souvenir ; un tableau appelle toujours des tableaux d’autres peintres, il renvoie à d’autres œuvres connues, à des sentiments qui dorment en nous, à mille faisceaux de culture qu’il est parfois difficile de délier, mais il ne peut pas non plus se résumer à cela car le vrai talent emporte dans son souffle tout à la fois le passé dont il s’inspire, son présent renouvelé et notre émotion revivifiée.


Devant ces tableaux, on pense aux décors simples et aux personnages solitaires d’Hedward Hopper, on ne peut oublier les raboteurs de parquet de Caillebotte, les grands nus de Lucian Freud dans leur solitude étrange et triste livrés dans leur chair sans pudeur. Cependant, les scènes qui se révèlent à nous dépeignent un univers propre à Hugo Laruelle avec l'emploi de teintes qui accrochent l’œil comme des camaïeux de gris, des bruns-mauve, des verts et vert turquoise et des rouges où passe la lumière comme à travers un vitrail.


Tableau de Caillebotte "les raboteurs de parquet"
Par exemple, on ressent vite le clin d'oeil admiratif que nous envoie Hugo Laruelle en pensant à son illustre prédécesseur Gustave Caillebotte, toujours à propos de ses célèbres raboteurs de parquet. En effet, Hugo réutilse un homme torse nu mais change le contexte : l'homme endormi semble avoir accompli son travail de raboteur, il dort sur un lit en diagonale face à nous et le parquet mis en relief sur toute la partie diagonale droite du tableau attire le regard par ses belles lattes de bois miel-mordoré.


Tableau d'Hugo Laruelle
Sa technique, dit-il, est celle de la peinture à l’huile. Ses modèles, il les photographie d’abord, mais presque à leur insu : «J'ôte le bruit du déclencheur, il ne sait pas quand vient la photo, il oublie la photo et décontracte ses épaules. Alors ses gestes sont plus fluides, plus naturels, le corps dévoile son identité, le corps lui ressemble enfin.». La bonne photo sera celle qui permettra de voir le personnage sans qu’il se sente vu ou pose exprès, livré à lui-même et laissant percevoir son «naturel» ou sa «vérité».


A travers les différentes toiles classées par thème sur le site du peintre, je constate que ses personnages se retrouvent la plupart du temps devant un mur, une cage d’escalier, des marches, une chambre. Rares sont les tableaux montrant un décor extérieur. Fenêtre, porte d’entrée ancienne avec vitre et ferronnerie, rambarde ou balustrade, lit, fauteuil, baignoire, sont les seuls éléments que l’on peut retrouver dans ses tableaux, très dépouillés et vides de meubles. En cela il ressemble beaucoup à l’univers très particulier de Lucian Freud, la déformation des corps en moins ou la beauté des corps en plus.


Mélancolie, introspection, solitude ressortent de ces tableaux ; les personnages semblent rêveurs, accaparés par le spectacle du monde au-delà d’une fenêtre, en attente, assis ou endormis. Dans les dernières œuvres, ces personnages se révèlent dans un instant de délassement, dans leur bain ou sous la douche, mais les tableaux se transforment en étude, rendant presque abstrait la rencontre des corps et de l’eau sous toutes ses formes.


On a très souvent dit que le regard de la Joconde accaparait les spectateurs comme son sourire, ici ce qui accapare le spectateur c’est l’intensité avec laquelle ces personnages se retrouvent, au-delà de ce contexte dénudé, dans leur propre espace intérieur, face à eux-mêmes. Cela m’apparaît comme une fascination d’un moment d’abandon, même s’il s’agit d’un moment très bref, et cet espace s’ouvre vers un autre temps, un autre univers.


Tableau d'Hugo Laruelle
Un des tableaux traduit physiquement ce passage d’un monde à l’autre, tableau hybride s’il en est, mi-figuratif mi-abstrait, où une jeune personne pensive assise sur un fauteuil semble à la moitié du tableau se diluer dans des tons rouge, gris et vert. Cette pensée, qui la coupe du présent, se transcrit par cette abstraction ou cette infusion de couleurs dans les eaux troubles du souvenir, formant un drapeau ou un drapé de mélancolie.


On ne peut rester indifférent devant ces personnages d’hommes et de femmes qu’il a peints avec talent, et qui sont au centre de tous ces tableaux. Il leur a donné une réalité, une chair propre, en remodelant leur peau aux couleurs de leurs émotions, usant d’une riche palette et de dégradés sensuels, accrochant l’œil et l’intérêt de son public par la rencontre et la révélation de cette solitude qui demeure au fond de nous tous.




site d'Hugo Laruelle : http://www.hugolaruelle.fr/

Pour trouver ces livres d'art : http://bookify-api.blurb.com/user/hugolaruelle

vidéo sur le travail d'Hugo Laruelle : vidéo Youtube

"Merci d'avoir écrit des mots avec élégance. C'est un honneur pour moi d'être publié sur votre blog."      Cordialement, Hugo



3 commentaires:

  1. Très beau texte, très beaux tableaux, merci Jean-Louis pour cette belle découverte :)

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  3. Edward Hopper, sans "h", c'est mieux...

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